RLHD.TV

REGARDEZLESHOMMESDANSER

En Culture Buissonnière

AU DETOUR D’UNE RENCONTRE

Il faut que la caméra s’adapte. Que le temps en oublie celui de la projection, qu’entre deux routes sinueuses on pose le projecteur. Il est temps d’offrir au village ou à la ville un film à la belle étoile.

C’est une belle aventure que nous propose les cinéastes Oriane Brun-Moschetti et Leila Morouche. Cela aurait pu être une démarche comme une autre, sur les chemins de France par exemple, à suivre un cinéma ambulant… Un retour à la source !

Retour à la source. C’est d’ailleurs cela que nous proposent les deux réalisatrices, de l’autre côté de la méditerranée. Un saut de puce et une longue remontée dans l’histoire, un coup de rétro qui semble bigrement d’actualité en cette Algérie qui redécouvre ses films oubliés. Territoire qui a vu naitre  les Ciné Pops. Drôle de nom pour une rencontre. Indispensable pourtant lorsque l’on connaît l’initiateur, René Vautier. Homme militant, cinéaste. Artiste, caméra au poing, que beaucoup considère comme le « père du cinéma algérien ».

Il est là l’homme, revenu à l’âge, mais sans sagesse, toujours en révolte, sur les chemins de l’indépendance. Retrouver le public qui pour beaucoup découvre ses films. Coup de poing dans l’estomac pour cette jeunesse  filmé par Oriane et Leila. Elle est là l’Algérie. Dans son intimité, loin du politique, à regarder son histoire filmée. Celle de son indépendance.

Mais aussi l’absence qui se faufile tout le long du film, celle du cinéma. Celle de ses fantômes qui encore aujourd’hui hantent les salles oubliées.

Algérie Tours Détours, emprunte naturellement à Godard une formulation qui en dit long sur le cheminement désiré des réalisatrices. De ce travail conjoint avec René Vautier. De ses moments de doutes, d’immobilisme, de pas en arrières… Le documentaire souligne le sentiment d’une écriture en retenue, comme pour ne pas trop vite réveiller l’histoire…

Filmer et laisser voir.

C’est un beau film que les écoles de France devraient découvrir. Un film d’histoire. C’est beaucoup.

 

* Phrase à peine détournée de ce bon vieux Diogène, toujours aussi contemporain

Qui que tu sois César, ôte-toi de mon soleil *